Le colloque Lippmann : Aux origines du néo-libéralisme

La crise économique et financière que nous traversons a remis au coeur des interrogations la question du néo-libéralisme. Pour beaucoup, seul ce concept peut rendre compte des mutations que nous vivons depuis la grande vague libérale et individualiste portée par les gouvernements Thatcher et Reagan. Si nous disposons aujourd’hui de nombreuses reconstructions de la crise financière, beaucoup plus rares sont les généalogies intellectuelles du néo-libéralisme. Sait-on même d’où vient ce concept, et s’il a toujours signifié la même chose ? C’est en 1938, à Paris, lors du lieux Colloque Walter Lippmann, que le mot commence à pénétrer dans le débat public : pour répondre à la crise du libéralisme consécutive au krach de Wall Street, de nombreux économistes de premier plan – Hayek, Mises, Röpke, etc. – posent les bases d’un renouvellement du libéralisme. En rééditant les actes de ce Colloque, ce livre apporte ainsi un des documents les plus exceptionnels de l’histoire de la contre-offensive libérale mondiale. Mais il montre aussi à quel point la nébuleuse dite néo-libérale fut divisée entre plusieurs tendances, liées notamment à des particularités nationales – Autrichiens, Allemands, Américains, Français, etc. – qui perdureront dans la fameuse Société du Mont Pèlerin fondée en 1947. La présentation et la postface de Serge Audier, qui revient sur le contexte et la postérité du Colloque Lippmann, feront mesurer cette complexité en traçant une interprétation nouvelle qui examine l’apport et les limites des grands analystes du néo-libéralisme, de Michel Foucault à Pierre Bourdieu.