Ces lettres sont comme le journal intime et philosophique de Sénèque. Il y évoque ses doutes et ses drames de conscience, affronte les grands problèmes philosophiques et moraux que chacun se pose, en son temps comme aujourd’hui, et leur apporte des réponses empreintes d’une sagesse prudente et mesurée. Ainsi, ce texte est aussi bien le roman d’une âme exceptionnelle qu’une brillante initiation à l’un des courants majeurs de la philosophie antique, le stoïcisme.

    Rien n’est admirable dans l’homme que l’âme ; pour une âme grande rien n’est grand.
    Le style est le vêtement de la pensée.
    On peut être ivre sans être un ivrogne ; on peut être ivrogne sans être ivre.
    Dans le sein de l’homme vertueux il habite un Dieu.
    Il faut vivre pour autrui, si tu veux vivre pour toi-même.
    Nul ne peut se dire heureux qui ne considère que lui-même.
    Le vrai bonheur est en nous et non dans des choses extérieures.
    Bien vivre est un don de la philosophie.
    Méfie-toi du faux caché sous l’apparence du vrai.
    Le bien ne peut pas plus naître du mal que la figue de l’olivier.
    Les richesses causent le mal, elles excitent à le faire.
    Les vrais biens inspirent de la confiance ; les richesses donnent de l’audace.
    Quand la violence du vin a pris le dessus sur notre âme, il en ressort tout ce qu’elle recèle de mauvais.
    Au sage, il lui suffit d’étancher sa soif ; il sait toujours s’arrêter en deçà de l’ivresse.
    Le passé doit conseiller l’avenir.
    Le plus riche des hommes est celui à qui la fortune n’a rien à donner.
    L’ingrat se tourmente et se ronge lui-même ; il hait les bienfaits parce qu’il faut les rendre.
    La haine est fille de l’offense.
    Il n’y a jamais manque de place pour la vertu.
    Le nain n’est pas plus grand, même debout sur une montagne ; le géant garde sa taille, même s’il a les pieds embourbés.
    C’est dans l’arène que le gladiateur prend sa décision.
    La loyauté est le bien le plus sacré du cœur humain.
    Hâte-toi de bien vivre, et songe que chaque jour est une vie.
    La femme légère est un oiseau qu’on ne tient que par l’aile.
    Il y a un dieu dans l’homme de bien.
    La méchanceté boit elle-même la plus grande partie de son venin.
    En enseignant, on apprend
    L’amitié est toujours profitable, l’amour est parfois nuisible.

Sénèque ; Les lettres à Lucilius, XLI – env. 64 ap. J.-C.